Pause ciné

Pause ciné – Gueule d’ange

Présenté dans la sélection Un certain regard au festival de Cannes, Gueule d’Ange est le premier long métrage de Vanessa Filho, scénariste et réalisatrice française. Aller voir Gueule d’Ange mercredi soir au cinéma, c’était quelque chose. Quelque chose de puissant et d’émouvant qui chamboule. En sortant de la salle, j’étais incapable d’écrire quoi que ce soit tant j’avais de choses à raconter. Paradoxal vous me direz. Ça ne m’était jamais arrivé.

 

« Marlène est une jeune mère fantasque, désargentée, issue du milieu prolétaire, sans emploi et qui a été quittée par son mari. Elle passe ses journées à regarder les émissions de télé-réalité et à se saouler. Son seul bonheur et fierté, c’est Elli, sa fille de 8 ans que Marlène surnomme affectueusement ‘Gueule d’ange’, mais pour la jeune fille, ‘gérer’ sa mère et son alcoolisme est un combat quotidien, ce qui lui fait atteindre une maturité précoce. »

 

Une mère brisée

L’histoire de Gueule d’Ange est l’histoire de Marion Cotillard alias Marlène, une mère brisée par la vie. La raison ? Le film ne nous la donne pas réellement. Mariée une cinquième fois à un homme qu’elle trompe le jour de son mariage, elle gâche chaque étape de sa vie, promettant toujours de devenir meilleure pour sa fille mais n’arrivant jamais à avancer correctement. La jeune femme n’a plus de famille et ne sait même pas qui est le père de son enfant. Sa vie est rythmée par les hommes, l’alcool, les soirées et la responsabilité n’a pas sa place dans ce quotidien burlesque.

Marlène aime sa fille plus que tout et le film nous le démontre du début à la fin au travers de scènes esthétiquement incroyables. Mais malgré cet amour maternel déchu, elle est incapable de s’en occuper comme elle le devrait. Emmener sa fille en boîte de nuit à l’âge de 8 ans, la faire goûter du vin blanc parce que « c’est samedi soir », la laisser seule encore et toujours parce qu’elle a mieux à faire, c’est normal pour Marlène et sa vie de paillettes.

Sa vie est rythmée par les hommes, l’alcool et les soirées. La responsabilité n’a pas sa place dans ce quotidien burlesque.

 

La vie d’adulte avant l’heure

Obligée de faire face à son quotidien seule, Ayline Aksoy-Etaix alias Elli, grandit bien plus vite que les autres enfants qui ne comprennent pas la personne qu’elle devient. À seulement 8 ans, la petit fille se voit contrainte de mener une vie d’adulte. Se faire à manger comme une grande, rentrer en taxi seule, sortir boire pour voir la vie « un peu plus rose », découvrir la vie sexuelle et plus que tout, s’occuper de sa mère et la rassurer comme elle le peut quand elle est bien trop saoule pour tenir debout.

Le rejet elle ne connait, l’incompréhension aussi. Personne ne l’écoute, personne ne prend soin d’elle. Comment devenir une petite fille épanouie quant elle joue le rôle de la mère ?

 

L’arrivée d’un père

L’arrivée d’Alban Lenoir alias Julio est une nouvelle brèche d’espoir pour Elli qui voit en lui un père aimant. Celui qu’elle n’a jamais eu. Les scènes entre ces deux acteurs sont touchantes, fortes et montrent à quel point ces deux personnages sont liés. Risquer sa vie pour sauver une petite fille au bord du gouffre, prouve bien plus qu’une mère absente. C’est ce qu’Elli attendait, c’est ce que Julio lui a donné.

Je pense très fortement qu’en réalité, Julio est le père d’Elli. Mais comme le film ne nous en dit pas plus, ce n’est qu’une supposition…

J’ai aimé le film dès les premières secondes, dès les premiers mots. Le film traduit une qualité d’image et d’émotion qui en dit long. C’est pour cela que la cinéaste Vanessa Filho a eu la main légère sur les dialogues : « j’ai voulu raconter des histoires en images » (1). Pas besoin de mots quand le jeu parle pour lui.

« J’étais dans un passage à vide, je m’éloignais de mon désir premier, le cinéma. Un jour, en vacances en Bretagne, j’ai eu une vision : une fille, sa mère, une bourrasque d’images et de sentiments. » (1)

 

Aller voir Gueule d’Ange mercredi soir au cinéma, c’était surprenant et bouleversant. La catégorie de films qui vous laisse sur le cul pendant un moment. Un énorme coup de coeur que je vous conseille d’aller voir au plus vite.

(1) Le Monde 

Crédit photo : Les Inrocks

 

Vous l’avez vu ? Qu’en avez-vous pensé ?

 

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